La Fondation Jean Cassaigne abritée par la Fondation Raoul Follereau a ouvert du 18 décembre 2025 au 18 février 2026 la 7ème édition du Prix Jean Cassaigne des lycéens pour la solidarité internationale. Un appel à propositions a été lancé aux organisations françaises de solidarité internationale. 25 réponses ont été reçues. 18 répondant aux critères de l’appel à propositions ont été évaluées par le comité d’experts. 5 d’entre elles ont été présélectionnées. Le jury des lycéens a choisi les lauréats le 7 mai. Ceux-ci ont reçu deux prix de 12 000 € et de 6 000 € le 5 juin 2026 au lycée Jean Cassaigne (Mont-de-Marsan).
Quels arguments les lycéens ont-ils mis en avant ?

Sont ici publiés certains argumentaires développés par des membres du jury des lycéens pour justifier leurs choix
En faveur de La Voix de l’Enfant :
N., première – « Mon premier choix se portera, à mon sens, naturellement, sur l’association “La Voix de l’Enfant”. En effet, cette association lutte pour les droits des enfants et agit notamment en assurant l’inscription dans l’état civil des enfants de la République Démocratique du Congo, pays en guerre civile depuis des années. Je pense pouvoir affirmer que La Voix des Enfants contribue très largement à deux thèmes que nous avons choisi, à savoir la lutte pour la justice sociale et des institutions fonctionnelles, ainsi que l’égalité des genres, ou autrement dit le renforcement des droits des femmes. Comme l’explique le document de candidature, dans la province la plus riche du pays en 2021, le Nord-Kivu, près de 94% des enfants ne sont pas déclarés à l’état civil, et ne bénéficient alors d’aucun droits, pas d’éducation, pas de libertés, et sont exposés à des mariages et des travaux forcés. Aucun être humain ne devrait avoir à vivre ça et encore moins un enfant, qui plus se retrouve totalement sans défense et sans protection juridique adaptée en n’étant pas reconnu par l’État congolais. De plus, l’Association œuvre dans d’autres pays africains et dans d’autres régions du monde pour les droits des enfants. Si nous voulons, en accord avec les Objectifs de Développement Durables que nous avons défendu jusqu’ici, garantir à tout enfant une protection contre le viol, une protection contre les violences en général, une protection contre le travail ou le mariage forcé, si l’on veut tout simplement garantir aux plus d’enfants possibles le droit d’exister et d’être heureux, et renforcer indirectement les droits des filles et donc des femmes, il est de notre devoir moral de décerner à cette association le premier prix, pour l’augmentation du nombre de demandes à l’état civil et l’amélioration de ce dernier à l’échelle nationale ou provinciale qu’ils ont réalisé, et pour tous les autres travaux accomplis au nom de la préservation de la vie de ces enfants. »
M., seconde – « Mon choix c’est La Voix de l’Enfant, cette association défend les droits fondamentaux des enfants dans le monde entier. Elle agit pour garantir l’identité des nouveau-nés, surtout dans les pays où les enfants ne sont pas déclarés et se retrouvent privés d’école et de soins. Elle assure aussi la protection juridique des enfants en danger en leur donnant accès à un avocat et à une écoute adaptée. L’association travaille pour l’éducation, la santé, la culture et un meilleur équilibre de vie, en plaçant toujours l’intérêt supérieur de l’enfant au centre. Son action est essentielle, car elle permet à chaque enfant vulnérable d’être reconnu, protégé et entendu. C’est pour cela que je la considère comme une association indispensable car les enfants sont les acteurs de demain. »
A., seconde – « Je choisis Voix de l’enfant. Ce projet est indispensable car il permet aux enfants de sortir de l’invisibilité administrative. En République Démocratique du Congo (RDC), l’absence d’acte de naissance empêche les jeunes de s’inscrire à l’école ou de réaliser des démarches administratives futures. Sans ce document, un enfant n’a aucune existence légale, ce qui bloque son accès à l’éducation et à ses droits fondamentaux. De plus je choisis cette association parce qu’elle a prouvé son efficacité sur le terrain. Entre 2022 et 2024, elle a déjà permis à plus de 150 000 enfants d’obtenir un acte de naissance dans des zones difficiles comme Goma ou Béni. Le projet répond directement à une priorité internationale : donner aux filles et aux garçons un meilleur accès à l’éducation grâce à une identité reconnue. »
A. seconde – « Cette association a retenu mon attention par son originalité car le fait de délivrer aux enfants des documents officiels qui nous semblent essentiels mais qui sont durs à acquérir pour eux est une initiative qui m’a semblée nécessaire. La vidéo envoyée par la Voix de l’Enfant fait refléter sa solidarité et cela m’a beaucoup touchée. Je pense qu’avoir des documents comme l’acte de naissance devrait être gratuit et le fait d’aider ceux qui ne peuvent pas les avoir me semble évident. De plus cette association a attiré mon attention car elle s’occupe des enfants qui font partie des plus vulnérable d’entre nous et il me semble que les aider eux et leurs parents est une priorité. Pour finir, la Voix de l’Enfant fait partie de mes choix car elle relève d’une problématique que je ne connaissais pas et qui m’intéresse beaucoup.
En faveur de Nav’Solidaire :
L., première – « J’ai choisi l’association Nav’Solidaire parce qu’elle aide des personnes amputées dans des pays où les prothèses sont difficiles à obtenir, en leur en donnant gratuitement. Cela peut vraiment changer leur vie en leur redonnant de l’autonomie. Je trouve aussi important qu’elle récupère des prothèses inutilisées au lieu de les jeter, ce qui évite le gaspillage. En plus, le transport en bateau à voile est une idée écologique. J’ai donc choisi cette association parce qu’elle aide les autres tout en respectant l’environnement. »
C., terminale – « Je souhaiterais que l’association NAV’SOLIDAIRE bénéficie du prix de 6 000€ car elle mène une action concrète et ciblée de collecte et de redistribution de matériel prothétique en Afrique de l’Ouest, améliorant directement la mobilité des populations vulnérables au Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau où l’accès à ce type d’équipement médical est très limité. L’organisation répondant à un besoin médical repose sur des partenariats locaux, garantissant que le matériel fourni est utilisé durablement après l’intervention. Ce matériel change et facilite considérablement la vie de nombreuses personnes dépendantes de ce besoin vital. »
L., terminale – » J’ai choisi l’association Nav Solidaire car elle représente des valeurs importantes pour moi comme la solidarité, l’entraide et le respect des autres. Cette association agit directement sur le terrain, en aidant des personnes en difficulté, ce qui rend son action concrète et utile. Je trouve important de soutenir des initiatives qui luttent contre la précarité et l’exclusion sociale. De plus, Nav Solidaire permet de créer du lien entre les personnes et de redonner de l’espoir à ceux qui en ont besoin. »
M., seconde – » Mon premier choix est Nav’Solidaire car cette association mène une action à la fois humaine et écologique. Elle collecte des prothèses inutilisées dans plus de 130 points en France et en Europe, puis les recycle pour leur donner une seconde vie. Grâce à des solutions de transport responsables comme Bla-Bla-Legs ou des voiliers solidaires, elle réduit fortement l’empreinte carbone tout en acheminant le matériel vers l’Afrique de l’Ouest. Leur travail permet à des personnes amputées, souvent sans accès aux soins, de retrouver mobilité et dignité. Nav’Solidaire ne se contente donc pas d’aider des individus, elle protège aussi la planète en limitant les déchets médicaux et donc contribue à 2 ODD à la fois! C’est cette double mission (écologique et solidaire) qui la rend particulièrement importante à mes yeux. »
Quelles sont les actions réalisées par les deux associations lauréates?

La Voix de l’Enfant pour son action en faveur de l’enregistrement des enfants à l’état civil en République Démocratique du Congo

En République Démocratique du Congo, seuls 25 % des enfants sont enregistrés à l’état civil. Dans le Nord-Kivu qui connaît une situation de conflit armé depuis 30 ans, ce taux est tombé à 7 %. Cette situation accroît la vulnérabilité des enfants car l’absence d’acte de naissance les prive d’accès à l’identité, à l’éducation ou aux services de santé. De plus, les auteurs de violences à leur égard ne peuvent pas faire l’objet d’une procédure judiciaire.
Pour garantir une identité légale à chaque enfant, la Voix de l’Enfant appuie les acteurs locaux de l’état civil, mène des campagnes d’enregistrement rétroactif à l’état civil pour les jeunes âgés entre 3 mois et 18 ans, facilite l’enregistrement des nouveau-nés directement dans les maternités. Ainsi depuis 2022, près de 700 personnes ont été formées pour les campagnes d’enregistrement numérique, 280 000 enfants ont été enregistrés rétroactivement et 6800 nouveau-nés ont été enregistrés à la naissance.
En RD Congo, la Voix de l’Enfant collabore avec la Ligue pour le Développement au Congo (LIDE) et l’association Actions et Projets pour un Développement Durable (APROJED). Les organisations françaises SOS-ENFANTS, CIVIPOL et la société DIGITECH appuient l’action de la Voix de l’Enfant

L’association Nav’Solidaire engagée dans la collecte en France de matériel prothétique et dans son transport vers l’Afrique pour en faire bénéficier les personnes non appareillées au Sénégal et en Gambie

Dans les pays à faible revenu, seules 5 à 15 % des personnes nécessitant un appareillage orthopédiques peuvent en bénéficier. L’absence de prothèses est synonyme d’exclusion sociale et de précarité économique. En France, toute personne amputée bénéficie d’une à deux prothèses renouvelées tous les 5 ans.
Depuis 2020, Nav’Solidaire collecte dans 113 centres en Europe du matériel prothétique inutilisé. Des bénévoles reconditionnent ce matériel en Normandie. Puis il est acheminé à la voile vers l’Afrique. Les centres partenaires qui les récupèrent sont accompagnés pour assurer le suivi gracieux des patients.
En 5 ans, 8 bateaux ont transporté plus de 5000 composants de prothèses. En 2025, 531 adultes ainsi que 26 enfants et adolescents ont été appareillés gratuitement au Sénégal et en Gambie.
Au Sénégal, le Centre d’accueil et de rééducation fonctionnelle d’enfants et d’adolescents handicapés, situé à M’Bour et le Centre régional d’appareillage orthopédique de l’hôpital de Ziguinchor sont les partenaires de Nav’Solidaire. En Gambie, c’est le Welfare Hospital de Banjul.
Quelles sont les actions réalisées par les trois autres associations présélectionnées?

L’Association humanitaire pour l’Afrique engagée auprès des productrices de sel au Bénin pour rendre leurs techniques de production plus durables et améliorer leurs revenus

En zone lagunaire au Bénin, le sol sableux se prête mal à l’agriculture. La production de sel en saison sèche représente une activité donnant aux femmes une autonomie financière qui permet d’améliorer le niveau de vie de leurs familles. Les techniques traditionnelles de production de sel nécessitent beaucoup de bois et contribuent à la disparition de la mangrove. Les coupes ont été interdites en 2018. Certaines salicultrices ont continué leurs activités en achetant du bois à un prix prohibitif.
Pour permettre aux productrices de sel de pratiquer leurs activités de façon durable, l’AHPA accompagne depuis 2021 une association béninoise, la CRIPADD, qui a expérimenté puis mis en pratique des techniques ne nécessitant pas de bois de chauffe. Le sel est dorénavant produit grâce au chauffage solaire avec des équipements simples produits localement. La qualité, l’hygiène et la présentation du sel ont été améliorées ce qui permet de le rendre plus attractif et de le vendre plus cher.
40 salicultrices ont bénéficié de cette action à ce jour et leurs revenus ont augmenté. L’économie de bois a été estimée à 47 m3 durant les deux premières années. Des actions de sensibilisation à la protection de la mangrove ont également été conduites auprès de toute la population.
Les partenaires de l’AHPA sont l’association béninoise Creuset de Recherche pour l’Identification et la Promotion des Alternatives du Développement Durable (CRIPADD) et l’Association des Etangs et Marais d’Ars-en-Ré (AEMA)

Samusocial International pour son action en faveur des filles et des femmes déplacées internes et vivant en rue à Bamako, au Mali

La fragilisation du contexte sécuritaire au Mali a renforcé le taux de pauvreté élevé estimé à 44% de la population en 2023. Accentué par la crise, l’accès des plus vulnérables aux services sociaux de base (santé, éducation, justice) est limité, surtout pour les filles et jeunes mères vivant en rue qui sont par ailleurs exposées à de nombreux risques et dangers (mariage précoce, excision, grossesse précoce, mortalité maternelle, violences physiques, sexuelles et psychologiques…).
En 2001, le Samusocial International a contribué à créer le Samusocial Mali pour lutter contre le phénomène des enfants vivant en rue à Bamako. Depuis 2004, le Samusocial Mali a progressivement développé une intervention spécifique, avec une équipe dédiée et adaptée aux contraintes et aux difficultés particulières des filles et femmes vivant en rue. Son action vise à assurer l’accès de ces populations à des services répondant à leurs besoins urgents ainsi qu’à réduire les facteurs de vulnérabilité et favoriser leur autonomisation. Pour cela, des maraudes sont organisées pour aller à leur rencontre dans leurs lieux de vie et proposer des prises en charges médico-psycho-sociales, des mises à l’abris, des sensibilisations sur des thématiques variées (de l’hygiène, la santé en passant par leurs droits), un accompagnement dans des projets de réinsertion socio-économique
Depuis 2001, 9900 enfants et jeunes en situation de rue dont 40 % de filles et jeunes femmes ont bénéficié des soutiens mis en place par le Samusocial Mali. En 2025, elles représentent 55% des bénéficiaires accompagnés. Concernant les projets de sortie de rue, la proportion de femmes et de filles accompagnées est de 48 %.
Pour mettre en œuvre ces actions, le Samusocial International appuie le Samusocial Mali qui collabore avec une soixantaine de structures locales, notamment la Mairie de Bamako, les services de l’Etat, le ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille ou l’Agence nationale d’assistance médicale tous réunis dans un même cadre de concertation.

Schola Africa pour son engagement en faveur de l’amélioration des conditions d’apprentissage en milieu rural au Sénégal.

En 2025, 50 % des jeunes vivant en zone rurale sénégalaise étaient exclus du système éducatif et du marché du travail. A Mérina Sall, l’accès à l’école des élèves provenant de hameaux éloignés est difficile : la pénibilité et les risques des trajets quotidiens, parfois nocturnes, dans un environnement sensible aux dérèglements climatiques, la piètre qualité des infrastructures scolaires accroissent l’absentéisme.
En concertation avec les autorités locales, Schola Africa a mandaté un entrepreneur sénégalais pour construire une salle de classe en briques de terre comprimées adaptées aux conditions climatiques locales et pour remplacer les abris provisoires par des lieux d’apprentissage durables et sécurisés. Un suivi a été mis en place avec des partenaires sénégalais pour assurer l’entretien des bâtiments.
La qualité des infrastructures ayant amélioré les conditions d’éducation, l’école a attiré de nouveaux élèves. En 2025, 130 enfants dont 56 % de filles entre 8 et 12 ans bénéficient de ces améliorations. Le taux de réussite au Certificat de fin d’études élémentaires est passé de 85 % à 100 %.
Au Sénégal, Schola Africa collabore avec l’inspection de l’éducation et de la formation de la région de Saint-Louis et avec l’association franco-sénégalaise Le Partenariat.
Résultats préliminaires de la 7ème édition du Prix
25 organisations de solidarité ont répondu à l’appel à propositions mais 3 ne pouvaient pas attester d’un statut d’intérêt général ou d’utilité publique reconnu par l’administration française (pas de rescrit fiscal), une avait un budget annuel supérieur à la limite de 3 M € fixée dans l’appel à propositions et une présentait un projet qui venait de commencer. Ces dernières n’ont pas été considérées comme éligibles de même que 2 associations africaines. Merci aux réseaux régionaux multi-acteurs de coopération décentralisée et/ou de solidarité internationale, à Coordination SUD et à la Cité du Développement Durable qui ont largement relayé l’annonce de l’appel à propositions.
18 propositions étaient légitimes mais une n’a pas transmis un dossier complet. 17 ont donc été évaluées par deux experts. Les notes des experts ont varié de 17/30 à 29/30 avec une moyenne de 24/30. 12 propositions ont été recommandées par les deux experts, ce qui est exceptionnel. Les 5 propositions présélectionnées avaient les notes les plus élevées (moyenne supérieure à 25,5/30) et des approches originales, avec pour certaines des actions très anciennes ayant un important impact.

Des organisations dont le budget annuel 2024 varie entre 7 000 € et plus de 2 100 000 € ont répondu à l’appel. Les 5 organisations présélectionnées (en vert) représentent cette diversité de moyens d’action.

La taille des étoiles est proportionnelle au nombre de propositions par pays. Les populations bénéficiant des actions proposées par les organisations ayant répondu se situent majoritairement en Afrique sub-saharienne continentale.

Les chiffres représentent le nombre de fois où une thématique est prise en compte dans les réponses. Comme lors de l’édition précédente, les organisations engagées dans l’adaptation ou la lutte contre les dérèglements climatiques ont peu répondu à cet appel. Le Prix n’est pas populaire auprès d’elles.
Quels sont les enseignements tirés des 5 premières éditions du Prix?
Téléchargez le bilan réalisé par les organisateurs du Prix en mai 2024 et présenté au comité de gestion de la Fondation Jean Cassaigne
Les responsables du projet
- Gilles Saint-Martin, président, association Les amis de Monseigneur Cassaigne
- Stéphane Cazautets, enseignant, Groupe Scolaire Jean Cassaigne
Contact : prix.jean-cassaigne@orange.fr